Suivi des parrainages au Burkina – Juin 2018

Suivi des parrainages au Burkina – Juin 2018

Par Anne et Jean-Jacques Bresnu.

En 2018, une visite de 10 jours à Ouagadougou nous a permis de nous rendre compte de nos actions sur le terrain. Pour rappel, celles-ci se font au sein d’ARM Burkina, filiale associative burkinabé de ARM. Son président est Jean-Jacques Bresnu (Chatou, FRANCE), son secrétaire Jean-Marie Sawadogo (Kongoussi, BURKINA FASO) et son trésorier Norbert Traoré (Nouna, BURKINA FASO).

ARM Burkina travaille directement avec les services d’Action Sociale des cinq arrondissements (Bogodogo, Boulmiougou, Nongr-Maason, Baskuy et Sig-Noghin) de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Ses actions portent principalement sur :

  • Le parrainage mensuel d’enfants ou de jeunes : 99 filleuls actuellement (90€/trimestre)
  • Des aides scolaires annuelles: 25 enfants ou jeunes ont reçu en octobre 2018 de l’aide pour l’inscription de l’école (30€) à l’université (700€)
  • Des financements pour des constructions d’ateliers : environ 1000€ (2 ateliers de couture ont été construits sur les deux dernières années).
  • Prêts à micro-projets : selon le projet présenté par le jeune (2 prêts ont été accordés il y a un an et sont en cours de remboursement).

Au cours de notre voyage, nous avons rencontré nos interlocuteurs des Actions Sociales dans leurs bureaux. Chaque arrondissement compte un service d’action sociale regroupant 35/40 agents sociaux. Ils sont sous l’autorité d’un chef de service, puis d’un responsable enfance. Sur le secteur enfance, a été nommé un responsable « parrainages ».
Le personnel était partiellement nouveau pour nous, nous avons donc refait connaissance et avons aussi présenté notre fonctionnement notamment pour la communication : 2 suivis par an, si possible par voie numérique. Cela dit, aucun bureau n’a internet, ce qui suppose que les agents feront leur envoi sur leur connexion privée ; à moins qu’ils ne continuent sur le mode habituel par le transit postal sous couvert de JM Sawadogo, ce qui rallonge la durée d’acheminement des rapports de suivi.

Le système scolaire au Burkina est assez similaire au nôtre, mises à part quelques différences :

  • Peu d’enfants, surtout les plus pauvres, donc nos enfants parrainés, ont accès au pré-scolaire (=maternelle) car c’est assez cher.
  • Le CP se fait en deux ans : CP1 et CP2, le CP1 est l’équivalent de la Grande Section.
  • La plupart des enfants ne découvrent la langue française qu’au CP1 : en effet, avec leur famille, ils parlent une langue africaine.
  • Le redoublement est monnaie courante, les enfants ne passant en classe supérieure que s’ils obtiennent une moyenne supérieure à 10/20. Le respect des âges avec la classe d’âge n’est pas strict comme dans le système scolaire français, il est donc courant de rencontrer des jeunes de 17 ans en 4ème par exemple. Nous avons insisté auprès des agents sociaux pour qu’ils proposent une orientation professionnelle (apprentissage d’un métier) à des jeunes qui piétineraient au collège. 
  • A la fin du CM2, les élèves passent leur premier examen national : le CEP (certificat d’études primaires). S’ils sont bien classés, ils obtiennent « l’entrée en sixième », c’est-à-dire qu’ils vont pouvoir continuer leurs études dans le public, ce qui est moins cher. Dans le cas inverse, ils vont devoir recourir à l’enseignement privé, ce qui est beaucoup plus cher. C’est le cas de plusieurs des enfants parrainés.
  • Le secteur secondaire de l’économie burkinabé est très développé et repose essentiellement sur des petites structures artisanales, à savoir petits ateliers de mécaniques, de couture… Les Burkinabés s’habillent essentiellement avec du sur-mesure, il y a peu de prêt-à-porter, ce qui donne beaucoup d’avenir aux couturiers. Nous avons plusieurs jeunes qui s’orientent vers cette voie et que nous cherchons à soutenir (soit financièrement, soit par un don de machine à coudre – nous collectons les machines à coudre).
  • Les entreprises chinoises sont de plus en plus implantées au Burkina Faso, ce qui apporte une forte concurrence : par exemple, il devient difficile de continuer de vivre en tissant le faso dan fani (tissu traditionnel burkinabé) à cause de la concurrence textile venant de l’industrie chinoise.
  • Nous avons rencontré plusieurs femmes veuves, leur mari ayant décédé du VIH. Elles-mêmes ont été contaminées par cette maladie. Les médicaments leur sont délivrés gratuitement par les dispensaires. Le VIH est encore malheureusement bien présent et génère des orphelins, parfois des enfants contaminés eux-mêmes. C’est le cas de certains de nos enfants parrainés.
  • Certains des jeunes parrainés ont très bien réussi de longues études : ingénieurs, avocats, médecins. Ils sont parfois passés par des universités privés, donc le coût a été lourd.
  • En 2015, les Burkinabés, dans leur soif de démocratie et dans le sillage des « balais citoyens » (réunions spontanées de citoyens par quartier), ont élu avec enthousiasme leur président Christian Rock Kaboré, suite à l’exil de Blaise Compaoré qui a duré 27 ans au pouvoir. Malheureusement, ce gouvernement a très vite été mis face aux menaces terroristes, qui ont multiplié attaques et enlèvement, faisant depuis 2015 quelques 340 victimes civiles. Depuis trois mois, le terrorisme s’est intensifié, semant la terreur dans les villages du nord et de l’est du pays, exécutant des gens dans les villages, causant la fuite de populations qui ne savent plus comment vivre en dehors de chez elles. La famine menace à présent. Le terrorisme génère également des massacres inter-ethniques, les Peulhs étant soupçonnés par d’autres ethnies de complicité, voir participation à des attaques djihadistes. Samedi 23 mars 2019, un village peulh a été massacré (150 morts, femmes, enfants, bébés, vieillards) par des milices civiles. On constate donc une dérive d’autodéfense, elle-même génératrice d’horreurs. A notre grand étonnement, aucun grand média national ne relaie le déséquilibre dangereux qui est en train d’envahir l’Afrique subsahélienne.
  • Autre point : les Burkinabés voient avec désolation l’extraction de leurs richesses minières, notamment de l’or, au profit de compagnies étrangères. Cette richesse minière du pays n’a aucune retombée bénéfique sur la population burkinabé. Elle est même génératrice de nouvelles pathologies chez les habitants voisins des mines, qui la plupart du temps ont été expropriés et relogés plus loin.
  • Autre pathologie que nous avons rencontrée chez quelques enfants parrainés de Ouaga : plusieurs d’entre eux souffrent de sinusite chronique ; elle est causée par la très forte pollution de Ouaga, notamment la poussière de la terre qu’ils respirent constamment. Nous-mêmes sur nos dix jours avons ressenti une gêne à cause de la poussière.

Plusieurs enfants attendent d’être parrainés (30 €/mois). Voici quelques extraits des dossiers des agents sociaux  :

  • « Banworo KIENOU est un garçon âgé de 8 ans, scolarisé en CP2, de l’arrondissement de Boulmiougou ; orphelin de père depuis trois ans, suite à une maladie, la mère de Banworo, devenue veuve, a beaucoup de mal à s’en sortir car elle était mère au foyer, s’occupant de ses trois enfants, quand son mari est décédé. Par ailleurs, toutes les économies du couple avaient été dépensées pour payer les soins du mari. Madame Kiénou se retrouve donc à faire des ménages et à essayer de vendre des petites confections tricotées, pour élever ses trois enfants. Elle sollicite une aide à l’Action Sociale, qui se tourne vers ARM, principal bienfaiteur. »
  • « Ella KIEBRE, âgée de 7 ans, scolarisée en CP 1, vit dans la zone non lotie à PANZANI (Sig-Noghin) avec sa mère chez sa grand-mère maternelle. Elle est venue de la Côte d’Ivoire parce que sa mère est malade mentale. Sa mère continue ses soins et la grand-mère n’a pas une activité sûre qui puisse aider à subvenir aux besoins d’Ella et de sa sœur. »
  • « L’enfant Issa est SAWADOGO, est issu d’une famille vulnérable. Son père travaillait auparavant dans les plantations en Côte d’Ivoire. Suite à une maladie, il est revenu s’installer au Burkina Faso. La famille réside au secteur 38 de Ouagadougou (Sig-Noghin) dans le quartier des sinistrés. Sa mère vend des légumes mais le revenu reste insuffisant pour subvenir aux besoins de la famille. Aussi, elle peine pour payer la scolarité de l’enfant Issa et de sa grande sœur. Cette année, leur mère voulait scolariser ses jumeaux âgés d’environ six ans chacun mais pour faute de moyens financiers, ils ne sont pas allés à l’école. Depuis deux ans, la mère des enfants sollicite un appui financier pour agrandir son petit commerce mais nous n’avons pas pu la satisfaire. La vulnérabilité de la famille a occasionné la fugue de l’aîné dans les sites d’orpaillage. »
  • « Mohamadi KABORE est né en 2012, il fréquente le CE1. Il est orphelin de père depuis 2014. Il vit avec sa mère et son frère dans la zone non lotie de Yagma. Asseta OUEDRAOGO, sa mère, est souffrante. Elle habite une location où elle paie 3500F par mois. Elle n’a aucune activité pérenne qui lui permet de bien prendre en charge l’éducation de ses enfants. Alors elle est obligée de ramasser le sable dans les réserves pour répondre aux besoins de sa famille. »
  • « Adeline GANSONRE est orpheline de père. Elle réside au quartier non loti du secteur 37 de l’arrondissement n°09 de Ouagadougou. Elle fréquente la classe de CP2. Sa scolarité est prise en charge par sa mère. La maison est construite en banco. Il n’y a pas d’électricité ni d’eau courante. La mère vend la patate douce préparée pour subvenir aux besoins de la famille. C’est une famille composée de six (06) membres. »
  • « Aline KOUGOUNDIGA est orpheline de père. Elle vit avec sa mère au secteur 15 de l’arrondissement 03 de Ouagadougou dans une cour que son pasteur lui a laissé habiter à titre gracieux. Sa mère est une lessiveuse. Elle exerce ce métier il y a de cela huit ans. Cette activité lui permet de subvenir un tant soit peu aux besoins de la famille. Elle reprend la classe de CE2 car l’année passée, elle fut très malade et cela a joué sur son rendement scolaire. La mère est seule à faire face aux besoins de l’enfant. »
  • « Agé de 13 ans, Inoussa KOURA est un enfant vulnérable issu d’une famille démunie. Il a été scolarisé à l’école primaire publique de sig noghin jusqu’au CM2. A cause de la précarité des ressources, ce dernier, après l’obtention du certificat d’études primaires, rencontre des difficultés quant au paiement des frais de scolarité pour la classe de sixième. Inoussa vit actuellement chez son grand frère dans l’arrondissement 3 à Kilwin . Orphelin de père,  sa mère Risnata OUEDRAOGO étant une vielle personne, elle n’arrive pas à subvenir aux besoins de la famille. Inoussa a été réinscrit cette année au Lycée Prive Bang Wend. »
  • « OUEDRAOGO Arouna est un enfant vulnérable. Il est âgé de 14 ans et vit avec sa famille au secteur n° 38 de Ouagadougou. Son père est allé à la recherche d’un mieux-être en République de la Côte d’Ivoire il y a de cela dix ans et n’est plus revenu. Sa mère vend de l’eau dans l’optique de subvenir aux besoins de la famille. Arouna travaille bien à l’école. Il fut classé 1er de sa classe avec une moyenne de 17,01 en 2017-2018. La mère fait de son mieux pour la prise en charge de ses enfants mais le manque de moyens surtout la prise en charge scolaire de ses enfants constitue une difficulté majeure. »
    « Orpheline de père, elle réside avec sa famille au secteur n°38 dans l’arrondissement n°09 de Ouagadougou. La famille occupe une petite maison en banco dans la zone non lotie. Le revenu de la famille se repose sur le ramassage de sable et du gravier de la mère. Les charges du ménage sont entre autres le paiement de scolarité des enfants, l’alimentation des enfants et les soins de santé. La famille est composée de huit membres. Cette année scolaire, sa scolarité n’a pas été payée par manque de moyens financiers et Nafissatou s’est vue obligée d’aller à l’école franco-arabe en attendant un soutien pour reprendre l’école moderne. »

Voici un projet en attente de financement :

  • Projet de Marina Astride WANGRAOUA tisseuse de faso dan fani (tissu artisanal burkinabé) : Marina est une jeune fille burkinabé qui a été longtemps parrainée par ARM, étant orpheline de père et ayant sa mère malade du VIH. Elle a obtenu son bac puis a commencé l’université qu’elle a dû interrompre suite à des problèmes de santé. Sa maman devenant très fatiguée, Marina a repris l’atelier de sa maman mais souhaite être aidée pour renouveler le matériel de tissage devenu vétuste et défectueux. Le devis de son projet se monte à 376€. Ce projet est intéressant dans le sens qu’il permet de perdurer un artisanat exclusivement burkinabé : le coton est burkinabé, les teintes sont également fabriquées localement et la manufacture aussi. Le grand chef Thomas Sankara avait fait du tissu faso dan fani un emblème du Burkina Faso, que les Burkinabés devaient porter avec fierté ! 

PS : pour tout contact : anne.bresnu@wanadoo.fr ou sintayehu@wanadoo.fr ou 01 30 71 24 86.

Pour tout envoi direct (courrier ou colis) au Burkina Faso : Jean-Marie SAWADOGO, BP202, KONGOUSSI, Province de BAM, BURKINA FASO.

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