Les parrainages dans le Kaffa – Février 2019

Les parrainages dans le Kaffa – Février 2019
Uniformes à l'école de Djima : tous n'en ont pas !

Le Kaffa est la région de Jimma et Bonga.

Témoignage sur l’utilité des quatre internats autour de Bonga

L’église catholique éthiopienne autour de Bonga est confrontée à la difficulté d’accès à l’éducation pour les jeunes filles en particulier dès le niveau « grade 9 » qui correspond à l’entrée en école supérieure ou niveau 3ème chez nous. Depuis les années 2000, 4 internats de 16 à 24 places accueillent les jeunes filles afin qu’elles puissent suivre une scolarité en toute sécurité. Pendant 8 ans, il existait aussi un internat pour garçons à Bonga. Le Père Ashebir nous en décrit la philosophie et les succès auxquels ils ont conduits (extraits traduits de son texte en anglais-novembre 2018) :

« Trois aspects sont analysés pour accepter une jeune issue des villages isolés dans un internat : son engagement, sa capacité à étudier, sa situation familiale. A l’internat, la jeune scolarisée trouve un logement protégé situé dans le périmètre de la paroisse, la nourriture, l’uniforme scolaire, une salle d’études avec livres, un accompagnement spirituel et psychologique.  Plusieurs s’en sortent maintenant très bien après être passés par ces internats ; en voici quelques exemples : des jeunes issus des tribus rejetées sont devenus des professeurs d’école primaire et secondaire : Kiro Gomito, Luka Hbtemariam, Ayele Alemayehu, Kidist Terfe, Dejene Dagoye. Finshe Gebre est maintenant entrepreneur en hydraulique ; il est issu d’une famille particulièrement défavorisée . Tsegaye W/mariam travaille pour le gouvernement en tant que sociologue. Elisabet Geber, issue elle aussi d’une famille très pauvre vient d’être diplomée en tant que médecin à l’université de Bahir Dar. » Et Abba Ashebir de nommer plus de 27 étudiant(e)s qui sont maintenant dans la vie active et autonome après un beau cursus scolaire et malgré le handicap de la pauvreté et le rejet vécu dans l’enfance. Il vous remercie tous d’avoir permis, à travers notre association, de briser le cercle de la pauvreté et de permettre à ces jeunes de construire une vie meilleure.

La situation des paroisses dans la campagne autour de Bonga, février 2019

Témoignage de Jean Louis et Elizabeth Belet

Nous rentrons d’un séjour dans le Kaffa de plus de quinze jours afin d’essayer de contrôler les parrainages mis en place par ARM dans cette région depuis plusieurs années. Nous connaissons bien la région ainsi que les prêtres qui gèrent ces parrainages car nous y allons tous les ans depuis plus de dix ans. Nous avons constaté que ces parrainages nominatifs ne sont pas toujours faciles à gérer au quotidien. En effet, ils se sont multipliés et les tâches des prêtres sont devenues elles aussi plus prenantes. Les prêtres ont d’abord leur rôle purement pastoral qui devient de plus en plus lourd ; en effet, ils ont multiplié les chapelles et églises secondaires qu’ils doivent suivre. De plus, chaque paroisse organise sa fête à laquelle participent beaucoup de prêtres pour donner plus de poids et de solennité à cette manifestation ; c’est un moment de convivialité et d’échanges à la fois pour les prêtres et les paroissiens. Entre les cérémonies – très longues – et les discussions qui suivent, la journée est entièrement occupée.

En plus de leur « métier » de prêtres, ils ont beaucoup d’autres occupations, parfois inattendues. La plupart doivent gérer des jardins d’enfants qu’ils ont montés ou bien s’occuper d’internats de filles qui se trouvent à proximité. Mais aussi nous avons vu des prêtres inaugurer une école publique car les autorités avaient fait appel à eux pour trouver le financement d’une rénovation ; nous avons vu un prêtre s’occuper d’une adduction d’eau, trouver différents financements pour des toilettes dans une école publique, transporter dans sa voiture des malades ou des femmes sur le point d’accoucher. Ils doivent aussi régler des conflits entre particuliers ou autres communautés : ils s’occupent beaucoup des peuples marginalisés et certains voient cela d’un mauvais œil.

Enfin, dans le Kaffa, il existe des difficultés spécifiques dues aux voies de communication ; les pistes nouvellement construites sont souvent en mauvais état ou bien coupées par des inondations… Bref, il leur est difficile de faire un suivi régulier des parrainages, d’autant que dans les villages tout se sait et qu’ils ont du mal à dire pourquoi un tel est parrainé alors que la misère est générale.

Nous n’avons pas réponse à toutes ces interrogations mais nous pouvons faire quelques suggestions :

  • D’abord, une première solution consisterait à mettre en place des parrainages collectifs : ARM allouerait une somme pour un village et ce serait au prêtre à répartir cette aide entre les plus nécessiteux en mettant l’accent sur le soutien à la scolarité.
  • Une autre solution serait de mettre en place des micro-projets pour les familles nécessiteuses afin de les aider à se prendre en charge (achat de brebis par exemple).
  • ARM pourrait réserver les parrainages individuels à ceux qui engagent des études secondaires (à partir du grade 8) puis suivent le cursus technique ou universitaire. L’aide peut alors être virée directement sur un compte bancaire.

Tout cela est à affiner et nous pourrions revenir chaque année dans le Kaffa afin de voir comment toutes ces aides fonctionnent.

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